Ministère de l’Egalité des Chances

Sceau de Republique Gabonaise

Quatre questions au Ministre de l’Égalité des Chances, Blaise LOUEMBE

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Dans la volonté manifeste de mettre un terme aux privilèges indus, le président de la République est très attaché à la politique de l'Égalité des Chances au Gabon. Comment entendez-vous rendre pratique ce qui s'apparente déjà aux douze travaux d'Hercules ?

Le Président de la République a bâti son programme de campagne sous le timbre de l'Égalité des Chances. Le compte rendu du 2e Conseil des Ministres a réaffirmé la place et le rôle attendus de ce ministère. Le Premier Ministre, dans son discours de Politique Générale a affirmé que "c’est une exigence républicaine objective".

La volonté du Président de la République et du Premier Ministre résulte des inégalités criardes observées depuis 1990. Depuis cette date on a beaucoup plus fait de la politique politicienne que de la politique du développement. Avant cette date le Gabon était notablement bien classé dans le Leadership africain (télécommunication, santé, éducation, chemin de fer, aviation, infrastructures...). Depuis lors, presque tous les 2 ou 3 ans, le Gabon prépare une élection ; des périodes peu propices pour prendre des mesures impopulaires, radicales et pérennes. par ailleurs la pyramide des âges fait observer que d'une année à l'autre les effectifs dans les salles de classes, dans les structures de santé, et les jeunes à la recherche du premier emploi croissent de façon exponentielle alors que les structures ne suivent pas forcément. A qui la faute ? A tous ceux qui ont gouverné le pays pendant ces 30 dernières années ; personnes ne peut se dédouaner.

Le Président de la République, comme pour d'autres pays (Brésil) qui ont connus de graves inégalités, a courageusement opté pour s'attaquer aux problèmes de fond. Dans ce sens, il s'engage à lutter contre les inégalités, les privilèges, la combine, les passe-droits en instaurant la politique de l'Égalité des Chances. Celle-ci se distingue à bien de différences, de l'Égalité des Droits et de l'Égalité des Positions. L'Égalité des Chances renvoie à la situation où non seulement on donne à chacun le droit d'accéder à n'importe quelle position sociale ou à n'importe quel bien, mais en plus on garantit à tous les mêmes chances d'accès au départ et quand ces chances de départ ne sont pas égales au départ, on corrige en introduisant des mesures de "discrimination positive" et ce, dans le secteur public, parapublic et privé.

Pour rendre pratiques ces très hautes instructions et poursuivant l'œuvre de mes prédécesseurs, les ministres Tapoyo et Tayé, j'ai proposé au Gouvernement qui est entrain d'examiner, une organisation administrative et une feuille de route.

Quelle que soit la forme administrative qui sera retenue, le Ministère devra se doter d'un Observatoire des inégalités et introduire ou faire figurer de façon transversale, une norme d'Égalité des Chances dans toutes les politiques publiques, suivre au quotidien l'exécution de ces politiques publiques et d'en faire une communication appropriée sous l'angle de l'Égalité des Chances.

Cinq documents écrits à des dates différentes mais d'une parfaite cohérente d'ensemble ont servi de supports :
le PSGE écrit en 2011 mais diffusé en 2012
La Stratégie d'investissement Humain du Gabon réalisée en 2013
Les Objectifs du Développement Durable en conformité avec notre loi en la matière de 2014 
Le Programme Pour l'Egalité des Chances 
Les engagements du Discours de campagne de 2016

Enfin, pour les Gabonais, qu'est ce que concrètement la politique de l'Égalité des Chances dans un pays où la triche, les dessous de tables, le copinage ont été érigés des années durant en règles ? D'ailleurs, fort de certaines nominations « parentales » et « tribales » lors des récents Conseils des ministres, et surtout de l'admission au concours dans les grandes écoles des fils de.., n'ont-ils pas raison de douter ?
Les incrédules ont certainement des raisons de douter mais nous sommes là pour leur montrer le contraire. Tous les maux que vous avez énuméré sont vrais et légions dans le pays. Concrètement nous devons ensemble les combattre.

Pour lutter contre les inégalités, on aurait pu demander à chaque ministère d'instaurer des paramètres de réductions de ces inégalités chacun dans son domaine de compétence. Ce n'est pas l'option retenue par le Gabon. Instaurer un ministère à part entière montrer à suffisance l'intérêt que le Chef de l'Etat exprime pour combattre les inégalités autour de cinq piliers supports : 
L’emploi et le logement ;
L’éducation et la formation ;
La santé et l’accès à l’eau potable ;
La place des femmes dans la société ;
La lutte contre les privilèges.
Toutes les actions publiques qui seront posées dans le cadre de cette politique d'Égalité des Chances visent la cohésion sociale et la solidarité nationale. 90 actions ont été identifiées dans un premier temps. Chacune sera suivie par le ministère de tutelle et par le ministère de l'Egalité des Chances à partir des indicateurs internationaux clairement identifiés ; on communiquera progressivement au fur et mesure de leurs réalisations. Il n'y aura plus d'insuffisance de communication comme dans le premier mandat. Quand on dira par exemple qu'on a créé des emplois on dira lesquels et les bénéficiaires ; de même pour les routes...

Monsieur le ministre, au titre des mesures prioritaires des 100 jours du gouvernement Issoze Ngondet, le département dont vous avez la charge a pour missions immédiates la création d'un observatoire des inégalités sociales, d'une plateforme pour le suivi des nominations aux emplois publics, entre autres. Où en êtes-vous ?
Au terme des cent jours, l'observatoire sera créé ; le dossier est déjà sur la table du Gouvernement. De même, pour le 2e point de mon ministère pour les 100 jours, les membres du gouvernement on reçu de ma part une première esquisse d'indicateurs. Ils sont entrain de finaliser la sélection des indicateurs de performance, les indicateurs de suivi et les indicateurs quantitatifs et qualitatifs possibles pour un suivi optimal de ces actions. Au 3e point, la mesure législative réalisée par le ministère en charge des affaires sociales porte sur 
La loi n° 002/ 2015 du 25/06/2015 portant modification de la 3e partie du code civil. Cette loi qui modifie la loi n°19/89 du 30/12/1989 portant adoption de la 2e partie du code civil en ses articles 647, 651, 653, 683, 691, 693, 696, 699, 700 à 706, 710, 747, 906 est relative à la réforme du droit des successions pour une meilleure protection du conjoint survivant et l’orphelin.
La loi n° 009/2016 sur les quotas a été promulguée le 05/09/2016. Elle fixe les quotas d’accès des femmes et des jeunes aux élections politiques et celui des femmes aux emplois supérieurs de l’Etat.
La loi n°010/2016 portant sur les principes et mécanismes de lutte contre le harcèlement sexuel en milieu professionnel.

Mais le 4e point qui suscite le plus de réactions est celui de la plateforme des nominations.

Vous avez pu observer qu'il n y a presque pas eu de nominations dans l'administration publique, à part dans les cabinets des membres du gouvernement. SEM le Président de la République m'a donné des instructions fermes pour que la plus part des nominations dans l'administration soient réalisées après avoir fait un appel à manifestation d'intérêt. Sur une plate forme informatique, on va déposer des fiches de postes et tous les fonctionnaires qui le souhaitent et qui répondent aux critères peuvent se porter candidate à occuper lesdits postes ; elles prennent l'engagement de remplir les missions qui leurs seront demandées et d'être périodiquement évaluées. Par ce système, le Chef de l' État qui garde le pouvoir de nomination, va bénéficier d'une CV-Tèque mise jour en permanence et sera certain d'avoir fait le tour des ressources humaines avant de nommer la personne de son choix. Vous voyez bien que c'est quelque chose de révolutionnaire qui va se faire dès le mois de janvier 2017. Copinage, tribalisme, parenté vont faire la place la compétence intrinsèque et la géo-Compétence. C'est un outil d'aide la décision qui va corriger une grande partie des injustices, notamment avec l'analyse anonyme des CV.

Cette procédure ne pouvait s'imposer aux cabinets ministériels du fait que les membres nommés sont attachés à la présence et la personne du ministre au gouvernement. Toutefois, les membres du gouvernement , à la demande du Premier Ministre, ont observé des critères multiples pour la composition de leurs cabinets ; notamment, la représentation Multi provinciale et linguistique et surtout le respect de la loi n° 009/2016 sur les quotas des femmes dans les emplois supérieurs de l'Etat.

Beaucoup de compatriotes raillent le porte-feuille du ministère de l’Égalité des Chances. Que faites vous pour donner un contenu réel à ce que certains prennent pour un maroquin ?

Je comprends leurs railleries. Parmi eux, ils y a les adeptes du favoritisme, du clientélisme et des privilèges indus qui pensent que ma mission est impossible. Je leurs dis qu'ils auront bien des surprises.

D'autres sont plutôt curieux au regard de l'intitulé du ministère et veulent comprendre, comme ça paraît nouveau pour le Gabon. A ceux là je dis que dans d'autres pays ce ministère existe ou à existé : Luxembourg, Belgique, France, Brésil, USA, Danemark... Pour la plus part, ces pays ont mis ces départements en action après avoir observé de graves inégalités entre classes sociales. Le but visé reste le même que nous : la réduction des inégalités et la promotion du "mieux vivre ensemble". Le Gabon, est plutôt proactif et n'attend pas que les problèmes s'aggravent pour penser s'en préoccuper. Comme le dit le Premier Ministre, "Bien plus qu’une vision, c’est une exigence républicaine objective qui veut que le statut social d’un individu ne soit pas déterminé par son origine familiale, ethnique, géographique, religieuse… Autrement dit, le talent et le mérite ne doivent pas dépendre de l’hérédité sociale ou du hasard de la naissance."

 

Interview du Ministre dans le journal L'Union du Mercredi 28 Décembre 2016.

Publié le : 11 / 01 / 2017