Ministère de l’Egalité des Chances

Sceau de Republique Gabonaise

Allocution du ministre des Droits Humains à l’occasion de la journée de l'Enfant Africain

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A l’instar des autres pays du Continent, le Gabon célèbre, le 16 juin de chaque année, la Journée de l’Enfant Africain.

Aussi, ai-je le privilège, en cette circonstance particulière, de m’adresser à vous, par le biais du présent propos, à l’entame duquel je voudrais suggérer que nous reprenions à notre compte l’assertion assez évocatrice de Madame Simone de BEAUVOIR, philosophe française du 20 ème siècle, selon laquelle, je cite : « LA JEUNESSE N’AIME PAS LES VAINCUS ».

 

Rapportée à la thématique nous intéressant ici, une telle affirmation laisse entrevoir l’enjeu sociétal majeur auquel nous, les adultes, les parents, les acteurs non étatiques, les gouvernants et les partenaires au développement, devrions tous faire face, si toutes les actions nécessaires ne sont pas mises en œuvre ou renforcées pour la protection des droits des enfants africains. 

En ce sens, toute apathie en la matière, de même que le moindre manquement au devoir de faire respecter lesdits droits, nous placent tous devant la sentence dépréciative et le déshonneur que l’histoire et l’enfant africain feraient nôtres si nous n’y prenons garde.

 

 

Mesdames et Messieurs,

 

 

Placée cette année sous le thème « UNE EDUCATION DE QUALITE, GRATUITE, OBLIGATOIRE ET ADAPTEE POUR TOUS LES ENFANTS EN AFRIQUE », la présente journée vise particulièrement à attirer l’attention des gouvernements africains sur leur responsabilité quant à la garantie du droit à l’éducation des enfants, conformément à la Charte Africaine des Droits et du Bien-être de l’Enfant.

Ce thème fort judicieux, en ce sens qu’il met en relief les fondements historiques de cette commémoration, notamment au sujet de la nécessité d’une éducation appropriée, équitable et égalitaire au bénéfice des jeunes de notre continent, souligne le caractère crucial et la place primordiale qu’occupe l’éducation dans l’émancipation de l’enfant africain.

 

Au plan historique, il me plait de rappeler que l’institution de ladite Journée, en 1991, par l’Union Africaine, fait suite aux événements violents survenus en 1976 à Soweto en Afrique du Sud, à l’occasion de manifestations d’écoliers noirs contre la politique éducative du régime d’Apartheid.  

Cette circonstance vit le massacre de plus deux-cents élèves et étudiants sud-africains non armés, occasionné par une riposte policière disproportionnée dont la forte ampleur marquera à jamais la mémoire collective.

Ainsi, l’essence tragique de la présente journée appelle de la part des gouvernants et de la communauté internationale, le 16 juin de chaque année, une réaffirmation des engagements pris pour l’amélioration, non seulement de la condition existentielle des enfants, notamment ceux les plus vulnérables et marginalisés, mais aussi pour les différentes actions de sensibilisation à cet effet.

 

 

Consacré par la Charte          Africaine des Droits et du Bien-être de l’Enfant, le droit à l’éducation pour tous doit donc bénéficier, à travers cette célébration, d’un regain d’intérêt de la part des Etats parties, en vue de son respect et de sa prise en compte véritable dans les problématiques et processus relatifs au développement de notre continent.

 

En effet, dans un contexte mondial globalisé mettant en exergue de grands enjeux géostratégiques, l’éducation demeure un outil cardinal pour une place encore plus importante de notre Continent dans le concert des nations, de même qu’elle permet à chaque jeune africain, au-delà des clivages sociaux, de s’autonomiser et tendre vers un certain bien-être personnel.

Pour autant, nonobstant leur adhésion aux différents Textes internationaux consacrant le droit à l’éducation et ceux connexes reconnus à l’enfant africain, force est de constater que bon nombre de pays voient une frange importante de leur jeunesse être dans l’impossibilité de bénéficier significativement  d’une éducation adaptée, de qualité, gratuite et obligatoire.

 

C’est ainsi que, s’agissant de notre pays par exemple, l’on peut déplorer des maux persistants tels que le surpeuplement des salles de classes induisant une inefficacité dommageable dans la transmission du savoir, les grossesses précoces compromettant l’avenir éducatif de nombreuses jeunes filles, l’insuffisance notable d’aires de jeux et d’installations sportives, la déperdition scolaire due à la pauvreté des familles, la démission parentale, l’enfance abandonnée, les phénomènes grandissants du trafic d’influence, de la drogue et du harcèlement sexuel chez les jeunes en milieu scolaire, l’accès routier difficile aux lieux d’apprentissage, etc.

 

 

Mesdames et Messieurs,

 

 

Ce triste constat ne saurait pour autant occulter les immenses efforts entrepris, bien souvent en dépit de la modicité des ressources,  par les différents gouvernements africains en vue de juguler ces insuffisances mettant en péril l’avenir même de notre jeunesse, et partant celui de notre continent.

 

Cette volonté s’est toujours manifestée, pour le Gabon notre pays, par la signature et la ratification des instruments juridiques internationaux relatifs à la protection de l’enfance et à la défense des intérêts de la jeunesse.

 

C’est ainsi qu’en dehors du Texte au respect duquel est indexée la présente journée, l’Etat a remarquablement souscrit aux principes et dispositions édictés par : la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 qui recèle un volet important concernant l’éducation ; le Pacte International Relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels ; la Convention Relative aux Droits de l’Enfant ; la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.

  

Sur le plan national, conformément à l’engagement ci-dessus illustré du pays en la matière, ces efforts se traduisent notamment par l’inscription dans la Loi fondamentale du devoir qu’a l’Etat d’organiser l’enseignement public sur les bases de la neutralité, du respect de certaines spécificités et, dans une moindre mesure, de la gratuité.

 

Cette action diligente sur les plans juridique, légal et réglementaire des plus hautes autorités gabonaise est en outre renforcée par la prise de Textes aussi importants que : la Loi n° 21/2011 du 14 février 2012  portant orientation générale de l’Education, de la Formation et de la Recherche ; le Décret n° 0103/PR du 14 février 2012 portant promulgation de la loi n° 21/2011 ; l’Arrêté n° 2089/PM/MFPEFP du 19 novembre 2005 instituant les Halte-garderie.

 

En ce qui concerne le cadre institutionnel, en sus du dispositif existant en matière d’éducation et de formation, il est à noter la création, lors de la mise en place de l’actuelle équipe gouvernementale dirigée par Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, le Pr Daniel ONA ONDO,  d’un Département ministériel en charge des Droits Humains et de l’Egalité des Chances, qui a pour mission essentielle de veiller à la promotion et au respect des Droits des personnes vulnérables, notamment les enfants et les jeunes.

 

Cette volonté politique indéniable, sous l’impulsion de Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, Son Excellence Ali BONGO ONDIMBA, s’est aussi matérialisée par certaines initiatives visant l’amélioration et une plus grande efficacité de notre système éducatif.

 

Au nombre de celles-ci, l’on peut noter : l’organisation, les 17 et 18 juillet 2010, des Etats généraux de l’Education, de la Recherche et de l’Adéquation Formation-emploi ; la suppression du concours d’entrée en 6 ème qui laisse subordonner l’entrée dans l’Enseignement Secondaire à l’obtention du Certificat d’Etudes Primaires ; la généralisation du pré-primaire dès l’âge de 3 ans ; la restructuration des établissements scolaires publics en vue d’une amélioration des capacités et des structures d’accueil ; une politique d’octroi plus équitable des bourses et allocations d’études, etc.

Au Gabon, pour lequel d’ailleurs le caractère sacré de la jeunesse a toujours été réaffirmé par les plus hautes autorités, il ne saurait donc être question d’abdiquer devant l’ampleur des obstacles relatifs au respect scrupuleux des droits de l’enfant. Tout au contraire, il s’agit de les lever un à un, de les surmonter méthodiquement, au prix parfois de réformes suscitant des débats retentissants mais qui ne sont finalement que facteurs d’une lisibilité meilleure et plus grande.

 

 

Mesdames et Messieurs, Chers Compatriotes,

 

 

La thématique sous-tendant la présente Journée de l’Enfant Africain doit susciter, en chacun de nous, la pleine conscience des véritables défis et exigences auxquels elle nous soumet, nonobstant les objectifs spécifiques visés par la célébration de ce jour.

L’éducation étant une œuvre aux ressorts transversaux multiples, il est grand temps que chacun de nous s’interroge lucidement, et sans aspérité de toute sorte, sur son implication quant à la réussite ou l’échec, en ce domaine, de nos enfants dont la responsabilité individuelle ne saurait aucunement, et en toute honnêteté, être retenue comme la seule et unique explication.

Pouvons-nous, en qualité de parents faisant preuve d’abandon et d’irresponsabilité vis-à-vis de notre progéniture, prétendre que nous respectons ou faisons respecter le droit de celle-ci à l’éducation ?

Pouvons-nous, en tant qu’enseignants soumettant une de nos élèves à des critères condamnables d’évaluation autres que ceux pédagogiques reconnus, affirmer que nous contribuons là au respect du droit de cette apprenante à l’éducation ?

Toutes ces questions et bien d’autres doivent donc faire l’objet d’une réflexion de chacune et chacun d’entre nous, afin : que la lutte pour le triomphe des Droits liés à la personne humaine soit une valeur partagée de tous et une exigence pour toute notre société ; que l’avenir qui se meut sous nos yeux, à travers nos enfants d’aujourd’hui et adultes de demain, soit une œuvre éveillant notre propre fierté ; et que les lauriers  que l’Histoire a toujours su donner aux artisans des grandes œuvres de construction sociétale nous soient rétribués.

Aider un enfant à réussir sa scolarité, c’est non seulement contribuer à la construction d’une destinée, mais c’est aussi promouvoir le  façonnement d’un esprit libre, à l’image de Dieu que nous prions sans relâche pour l’édification de notre pays le Gabon.

 

Je vous Remercie de votre aimable attention.

Publié le : 06 / 08 / 2014